
BAD BAD WINTER
Un film de Olga Korotko
Avec : Tolganay Talgat, Marat Abishev,
Zhalgas Zhangazin, Nurgul Alpysbayeva,
Tair Magzumov
Image : Aigul Nurbulatova – Son : Ilya Gariyev
Montage première version : Yerlan Aigozhinov
Chef monteur : Réza Serkanian
Co-production :
Seven Rivers Production (Kazakhstan)
Overlap Films (France)
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LE HUIS CLOS OPPRESSANT DE « BAD BAD WINTER »,
REFLET D’UNE ÉTHIQUE MISE À MAL AU KAZAKHSTAN
Avec « Bad Bad Winter » , son premier long-métrage, Olga Korotko nous enferme dans un huis clos, où morale et justice disparaissent pour laisser transparaître l’état d’une société kazakh traumatisée par le communisme, en proie à la délinquance, à la corruption et aux déchirements sociaux. D’un côté, il y a la protagoniste, la fille d’un riche homme d’affaires qui retourne dans sa ville natale après le décès de sa grand-mère pour vendre sa maison. De l’autre, il y a ses anciens camarades de classe qui lui rendent visite… mais pas pour se souvenir du bon vieux temps. Après avoir accidentellement tué un homme, c’est l’argent de la grand-mère en petites coupures, caché dans la maison, qu’ils cherchent pour éviter la prison. Ni bourreaux, ni victimes, ou les deux en même temps. Entre la vie et la morale, l’enfermement et la justice, la cinéaste nous met face à ces questionnements éthiques, à travers des personnages vivant de plein fouet les conséquences du communisme, où le crime n’est pas puni lorsque l’argent est dans la poche. Quand la justice est remplacée par la corruption et la hiérarchie des classes, pas étonnant que l’éthique de ces jeunes soit partie en fumée. Par l’atmosphère oppressante et la tension créées par les lumières et les nombreux plans fixes et hors-champs que propose la cinéaste, la maison se transforme en un huis clos reflétant leur propre emprisonnement pathologique. Bad bad winter est un drame maîtrisé, grâce à sa mise en scène et à son scénario glaçant.
Aurore Garot
Toute la culture
Dehors l’hiver kazakh souffle, alors qu’au dedans la datcha paraît si chaleureuse et paisible. La jeune femme qui en hérite hésite à la brader, comme à liquider le monde ancien. Un monde d’avant qui résiste et va s’inviter pour un baroud d’honneur inconséquent et tragique.
Chirurgicale et implacable, la mise en scène d’Olga Korotko scrute les gestes et les regards et jusqu’au moindre des silences. Et à travers eux, le lent et irréversible travail de corruption insidieuse de l’amitié, de la morale et de la justice, mis à terre par les nouveaux rapports de classe d’une société déliquescente.
Les personnages de Bad Bad Winter sont aussi les petits-enfants de Raskolnikov et du désastre obscur de l’utopie soviétique ; c’est ainsi que pour eux, si « le communisme est mort, tout est permis ». À la fois victimes et bourreaux, ils sont les prisonniers d’un huis clos qui serait aussi à l’image de l’enfermement quasi pathologique d’une société en pleine crise éthique.
Mais, si chez Dostoïevski le crime cherche son châtiment, dans la version d’Olga Korotko, le châtiment ne trouvera sans doute que l’innocent : Qu’est-ce alors qu’un crime dans un pays où la loi de classe a remplacé toute idée de justice ?
Digne disciple de Darezhan Omirbaev, Olga Korotko nous livre à son tour un conte moral abrasif et audacieux, illuminé par le bloc de tension d’une héroïne mutique dont chaque pore du visage exprime en continu la violence d’un conflit intime aussi déchirant que glaçant.
Vladimir Perišić & Laurent Bécue-Renard
Cinéastes de ACID
Réalisatrice
OLGA KOROTKO

Biographie
Née en 1988 à Uralsk, Olga Korotko réalise ses premiers court-métrages dans le cadre de ses études auprès du grand cinéaste Kazakh Darezhan Omirbayev. Elle obtient très vite une reconnaissance internationale et fut sélectionnée pour le programme Asian Film Academy au Festival de Busan en Corée du Sud. Elle poursuit ses études de cinéma à la New York Film Academy (2014-15) et puis participe à Berlinale Talents Campus (Festival de Berlin 2016). Ensuite, elle obtient une maîtrise en réalisation cinématographique à l’Académie Nationale des Beaux-Arts Zhurgenov du Kazakhstan. Son premier long-métrage Bad Bad Winter est présenté en avant-première mondiale à l’ACID Cannes 2018.
Filmographie
2024 : Crickets, It’s Your Turn (long-métrage)
– Locarno Film Festival
2018 : Bad Bad Winter (long-métrage)
– Festival de film de Cannes (ACID)
2017 : House of Mothers (court-métrage documentaire)
2015 : An ordinary person (court-métrage)
2015 : A date (court-métrage)
2013 : Dove on the roof (court-métrage)
(Studio Kazakhfilm)
2011 : Last five minutes (court-métrage)
Actrice & son
– Asian Film Academy
– Festival de Busan – Corée du Sud
2011 : Forster-mother (court-métrage documentaire)

